Dans une Europe où le coût des études supérieures constitue souvent un frein pour de nombreuses familles, le Danemark a fait le choix d’un modèle singulier : considérer les étudiants comme un investissement national et leur garantir une autonomie financière dès leur entrée dans l’enseignement supérieur.
Depuis plusieurs décennies, les étudiants danois bénéficient du SU (Statens Uddannelsesstøtte), un système de soutien public à l’éducation qui leur permet de percevoir une aide mensuelle versée par l’État. Selon leur situation familiale et leur lieu de résidence, cette allocation peut varier entre 170 et 860 euros par mois. Les étudiants peuvent également accéder à des prêts publics à taux préférentiels.
Ce dispositif repose sur un principe simple : l’enseignement supérieur est un droit universel qui ne doit pas dépendre des revenus des parents. Le système fonctionne grâce à un mécanisme de « bons mensuels » utilisables au cours de la vie, y compris dans le cadre d’une reconversion professionnelle. Aujourd’hui, près d’un demi-million de jeunes bénéficient de cette aide.
Pour accéder au SU, les étudiants doivent être inscrits dans une formation reconnue, réussir leurs examens et ne pas dépasser un certain niveau de revenus. Cette politique s’inscrit dans une vision de l’autonomie où les jeunes sont considérés comme financièrement indépendants dès l’âge de 18 ans.
Le coût de ce programme est important. Chaque année, le SU représente plus de 2,7 milliards d’euros, soit environ 1 % du produit intérieur brut du pays. Cette dépense est financée par un système fiscal progressif où les revenus les plus élevés peuvent être imposés à plus de 50 %. Dans un pays où l’enseignement supérieur, les soins de santé et les retraites sont largement financés par la collectivité, ce modèle bénéficie d’un large soutien.
Selon de nombreux étudiants, cette aide réduit considérablement le stress financier et permet de se concentrer davantage sur les études. L’objectif affiché depuis les années 1970 est de garantir que personne ne soit empêché de poursuivre une formation pour des raisons économiques. Cette politique a contribué à augmenter fortement le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur.
Cependant, le système fait également l’objet de critiques. Malgré son caractère universel, plusieurs études montrent que les étudiants issus de milieux favorisés demeurent surreprésentés dans les universités. Certains observateurs estiment donc que le dispositif n’a pas totalement atteint son objectif en matière d’égalité des chances.
D’autres critiques concernent le coût du programme et le fait que certains étudiants prolongent leurs études plus longtemps que nécessaire. Face à ces défis, le gouvernement danois a engagé en 2023 une réforme importante prévoyant notamment la réduction d’une partie des cursus de master à quinze mois. Les économies réalisées doivent permettre de renforcer les formations dans des secteurs en manque de main-d’œuvre, comme l’enseignement, le travail social ou les soins infirmiers.
Cette réforme suscite toutefois des inquiétudes parmi certains étudiants et universitaires, qui craignent qu’un raccourcissement des cursus nuise à la qualité de la formation. D’autres débats portent sur l’application des règles européennes obligeant le Danemark à accorder certaines aides aux étudiants étrangers, même lorsque ceux-ci quittent le pays après leurs études.
Malgré ces questionnements, le modèle danois demeure l’un des plus avancés au monde en matière de soutien aux étudiants. En garantissant à de nombreux jeunes la possibilité d’étudier sans frais de scolarité et avec un soutien financier direct, le Danemark continue de faire de l’éducation un pilier central de son développement économique et social.
Abdoulaye Maïga









