Le féminicide relance régulièrement les débats sur le mariage, les relations entre hommes et femmes et la place de la femme dans la société. À chaque drame, les réactions se multiplient, notamment sur les réseaux sociaux. Si certains dénoncent les violences conjugales, d’autres vont jusqu’à présenter le mariage comme une menace pour les jeunes filles. Pourtant, condamner un homme qui tue sa femme ne signifie pas condamner le mariage lui-même.
Le féminicide, une réalité mondiale préoccupante
Selon un rapport publié en novembre 2025 par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et ONU Femmes, près de 50 000 femmes et filles ont été tuées en 2024 par leur partenaire intime ou un membre de leur famille dans le monde. Cela représente une moyenne de 137 victimes par jour. Ces décès constituent environ 60 % des 83 000 femmes et filles tuées intentionnellement cette année-là. <u>Source : ONUDC et ONU Femmes.</u>
L’Afrique particulièrement touchée
Le même rapport estime à 22 600 le nombre de femmes et de filles tuées par leur partenaire ou un membre de leur famille en Afrique en 2024. Le continent enregistre ainsi le nombre total de victimes le plus élevé parmi les régions étudiées. Les auteurs du rapport soulignent toutefois que ces estimations comportent des incertitudes, notamment en raison du manque de données disponibles dans plusieurs pays africains.
Au Mali, des violences qui nécessitent une réponse
Au Mali également, les violences basées sur le genre constituent une préoccupation majeure. Selon les données du Système de gestion de l’information sur les violences basées sur le genre (GBVIMS), présentées par le ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, 15 993 cas ont été enregistrés en 2023. Parmi les incidents recensés, 25 % concernaient des viols, 18 % des agressions sexuelles, 18 % le déni de ressources, 17 % des agressions physiques et 15 % des violences psychologiques. Ces chiffres illustrent l’ampleur des violences signalées et la nécessité de renforcer les mécanismes de prévention et de protection. <u>Sources : ministère chargé de la Promotion de la Femme et UNFPA Mali.</u>
Tous les mariages ne se ressemblent pas
Face à ces chiffres, il est indispensable de condamner les violences et de prendre au sérieux les témoignages des victimes. Cependant, il serait injuste de réduire tous les mariages à ces expériences douloureuses. Certaines femmes vivent des relations marquées par la peur et la domination, tandis que d’autres construisent leur vie conjugale sur le respect, la confiance, le dialogue et le soutien mutuel.
Reconnaître l’existence de ces unions harmonieuses ne revient pas à minimiser les souffrances des victimes. Il s’agit plutôt de distinguer l’institution du mariage des actes de violence commis par certains individus.
Dénoncer les violences sans accuser tous les hommes
Après un féminicide, la colère et l’indignation sont légitimes. Mais ces drames ne devraient pas conduire à considérer tous les hommes comme des dangers potentiels. La responsabilité d’un crime appartient à son auteur, et non à l’ensemble des hommes ni au mariage en tant qu’institution.
La lutte contre les violences faites aux femmes exige de nommer les actes, de reconnaître les comportements dangereux et de tenir les auteurs responsables, sans généralisation qui détournerait l’attention des causes concrètes des violences.
Prévenir les violences et protéger les victimes
Les chiffres ne doivent pas seulement servir à mesurer l’ampleur du problème. Ils doivent également encourager des actions concrètes : renforcer l’éducation au respect, faciliter le signalement des violences, améliorer l’accompagnement des victimes et veiller à l’application de la loi. Les familles, les établissements scolaires, les associations, les services sociaux et les autorités ont tous un rôle à jouer.
Il est également essentiel que les victimes puissent parler sans crainte d’être jugées, qu’elles aient accès à une aide adaptée et que les violences ne soient jamais excusées au nom de l’amour, de la jalousie ou de l’autorité conjugale.
Le véritable problème, c’est la violence
Les statistiques internationales et les données enregistrées au Mali montrent que les violences faites aux femmes exigent une réponse sérieuse. Elles rappellent l’importance de soutenir les victimes, de prévenir les agressions et de responsabiliser les auteurs. Toutefois, ces chiffres ne permettent pas de conclure que le mariage lui-même est la cause de tous ces drames.
Lutter contre les féminicides, c’est condamner la violence, protéger les victimes et responsabiliser les auteurs, sans transformer chaque drame en condamnation générale du mariage. Le droit de se marier, comme celui de ne pas le faire, doit rester un choix personnel. Dans tous les cas, aucune relation ne saurait justifier la violence ni porter atteinte au droit à la vie et à la dignité.
Aïssata Touré, stagiaire









