La future monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Eco, pourrait connaître une nouvelle étape importante en 2027. Selon l’économiste et spécialiste des questions monétaires Modibo Mao Makalou, le lancement du projet est envisagé pour juillet 2027, sous réserve du respect du calendrier et de la finalisation des conditions techniques nécessaires.
Invité d’une émission consacrée à l’intégration régionale, l’expert a expliqué les contours de cette future monnaie commune, son évolution historique ainsi que les défis qui restent à relever avant sa mise en œuvre.
Un projet porté depuis plusieurs décennies par la CEDEAO
Créée en 1975, la CEDEAO regroupe aujourd’hui quinze États membres et vise à renforcer l’intégration économique et commerciale en Afrique de l’Ouest.
Selon Modibo Mao Makalou, l’idée d’une monnaie unique ne date pas d’aujourd’hui. Elle figurait déjà parmi les ambitions des dirigeants de la région depuis plusieurs décennies, notamment comme une étape majeure après la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux.
« L’union monétaire représente l’une des dernières étapes de l’intégration économique régionale », explique-t-il.
Quels pays seraient concernés par l’arrivée de l’Eco ?
Dans le scénario présenté par l’économiste, une première phase pourrait concerner les pays disposant actuellement de monnaies nationales, notamment :
le Ghana ;
la Gambie ;
la Guinée ;
le Liberia ;
le Nigeria ;
la Sierra Leone.
Les pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui utilisent actuellement le franc CFA, pourraient ensuite rejoindre le processus, tout comme le Cap-Vert avec son escudo.
Toutefois, les modalités précises de transition et le calendrier définitif restent encore à définir par les institutions compétentes.
Quel avenir pour les pays de l’AES ?
La situation du Mali, du Burkina Faso et du Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) et ayant annoncé leur retrait de la CEDEAO, demeure une question ouverte.
Selon Modibo Mao Makalou, plusieurs options pourraient être envisagées pour ces pays : maintenir leur utilisation du franc CFA dans une phase transitoire, créer une monnaie commune au sein de l’AES ou encore trouver un accord avec la CEDEAO.
À ce jour, aucune décision officielle n’a été annoncée par les autorités concernées.
Des critères économiques indispensables
Pour que l’Eco puisse fonctionner efficacement, l’expert rappelle l’importance des critères de convergence économique entre les États membres.
Parmi les conditions évoquées figurent notamment :
une inflation maîtrisée ;
un déficit budgétaire limité ;
une dette publique soutenable.
Ces critères doivent permettre d’assurer la stabilité de la future monnaie et de préserver le pouvoir d’achat des populations.
Une monnaie différente du franc CFA ?
Modibo Mao Makalou estime que l’Eco ne devrait pas être un simple changement de nom du franc CFA.
Selon son analyse, la future monnaie pourrait fonctionner avec :
un régime de change plus flexible ;
une banque centrale régionale renforcée ;
une production monétaire davantage localisée en Afrique ;
un système de référence basé sur plusieurs monnaies internationales.
Concernant un éventuel panier de devises, l’économiste cite notamment le dollar américain, l’euro et le yuan chinois, tout en précisant qu’il s’agit d’une analyse personnelle et qu’aucune décision officielle n’a encore été prise.
Une parité encore en discussion
La valeur de l’Eco par rapport aux autres monnaies n’a pas encore été officiellement fixée.
Les travaux se poursuivent entre les différentes structures techniques de la CEDEAO, les banques centrales et les organes chargés de préparer l’union monétaire.
Un projet ambitieux confronté à plusieurs défis
Si l’objectif d’un lancement en 2027 est maintenu, plusieurs questions restent encore à résoudre : la gouvernance de la future banque centrale, la politique monétaire, la fixation de la valeur initiale de l’Eco et l’harmonisation des économies des pays participants.
Pour Modibo Mao Makalou, la réussite de cette monnaie dépendra surtout de la capacité des États ouest-africains à coordonner leurs politiques économiques et à garantir la confiance des populations.
L’Eco demeure donc un projet majeur d’intégration régionale, mais sa concrétisation dépendra encore de plusieurs décisions politiques et économiques.
Abdoulaye Maïga pour Actuel Média









