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Les traumatismes psychologiques liés au conflit empêchent les enfants de se concentrer à l’école

Les apprenants pendant une recréation au centre d’apprentissage accéléré de Intillit/Tombouctou-Crédit NRC

Au Mali, plus de 513 000 enfants sont affectés par la fermeture de 1 710 écoles qui sont en grande partie non fonctionnelles dans les zones touchées par le conflit. Pour ceux qui continuent malgré tout de suivre les cours en zone de conflit, les séquelles psychologiques des violences auxquelles ils ont été témoins affectent leur capacité de compréhension et de concentration en classe.

Depuis 2012, l’éclatement du conflit armé au Mali a grandement fragilisé le tissu social et affecté l’accès des populations aux services essentiels de base en raison de l’insécurité. Malgré la signature de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation en 2015, la situation dans le nord et le centre du pays est restée instable. A cause des conflits et affrontements réguliers entre acteurs armés, la violence et l’insécurité se propagent graduellement du nord vers le centre et le Sud du pays, ce qui empiète sur l’accès humanitaire.  

Le nombre de personnes dans le besoin est passé de 7,5 millions en janvier 2022 à 8,8 millions en janvier 2023, soit une hausse de 17% entre 2022 et 2023, illustrant l’aggravation des besoins humanitaires[1]. Plus de 375 539 personnes se sont déplacées à l’intérieur du pays, principalement des enfants et des femmes.

Pendant les mouvements de populations, les adultes sont généralement impactés physiquement et économiquement et les enfants sont plus touchés psychologiquement. En effet, les violences et menaces qui découlent des attaques laissent les victimes blessées et souvent handicapées à vie. Les populations sont contraintes d’abandonner leur train de vie et sources de revenu stable pour chercher refuge dans des zones où tout est à refaire.

Selon une enquête réalisée en 2022 sur les perceptions populaires des causes et conséquences du conflit au Mali, 57,62 % des personnes interrogées se disent personnellement affectées (perte de proches, perte de revenus, blessures, déplacements…)  d’une manière ou d’une autre par les évènements d’occupation et de conflit du Nord du Mali[2]. Témoins des violences et coups de feu lors des attaques, les enfants sont fragilisés par des troubles psycho-sociaux, qui affectent leurs capacités d’apprentissage. 

Boubacar Taifour est directeur de l’école de Faradjireye à Gao. Il décrit les effets du conflit sur les enfants : « Les cas de traumatismes les plus fréquents chez les enfants sont la dépression et la phobie des bruits »’. De plus, de nombreux enfants éprouvent des pertes de concentration, attribuables au stress ou au traumatisme. Selon le directeur, les effets psychologiques de la crise sur les enfants contribuent d’une manière générale à une baisse de niveau dans le système éducatif au Mali : ‘’Le niveau des élèves déplacés est très bas parce qu’ils ont reçu des troubles psycho-sociaux affectant leur apprentissage à tous les niveaux”. Fatoumata Abdou, animatrice au centre de Boulgoundié, ajoute : ‘’ Généralement, quand un enfant reste toujours seul et évite les contacts avec ses camarades et ne s’amuse pas, cela est perçu comme un signe de traumatisme et de stress. Avec le BLP (Beter Learning Programme), nous pratiquons des exercices respiratoires qui les déstressent. Ces activités aident aussi les enfants à se familiariser avec les autres camarades.’’
Pour renforcer les capacités d’apprentissage, NRC a formé des enseignants sur la méthode BLP (Better Learning Programme). 251 enseignants dont 45 femmes ont participé à des activités de formation et de sensibilisation sur l’approche BLP dans les différentes zones d’intervention du NRC au Mali. Cette méthode fournit aux enseignants un outil simple de soutien psychosocial, qu’ils utilisent au quotidien pour aider les enfants à se relever d’expériences traumatiques et du stress. Il s’agit principalement de jeux, de soutien psycho-social et d’exercices de respiration. « Avant le BLP, je faisais de mon mieux en réconfortant et en rassurant les enfants » explique Mr. Taifour, « mais aujourd’hui, ce sont les professeurs animateurs qui s’en occupent avec une vraie méthode ».
 ‘’Au début, je ne comprenais rien des leçons. Mais quand notre animatrice a commencé avec des méthodes de distraction pour nous mettre à l’aise, j’ai commencé à mieux comprendre. ’’ confie Mohamed Alassane, enfant déplacé de 13 ans du centre de stratégies accélérées de Bougouni à Gao. Selon Fatoumata, animatrice au centre de Boulgoundié ‘’ L’exercice respiratoire est la partie la plus importante du BLP car il permet d’inspirer de respirer de l’air et de réconcilier l’esprit et le cœur.’

La plupart des enfants accueillis dans les centres sont déplacés pour des raisons de sécurité.  Ils sont souvent désorientés. Après neuf mois de cours dans les centres accélérés d’apprentissage, les enfants sont réintégrés dans le système formel.  Actuellement, le NRC appuie 6 597 élèves et apprenants, dont 3299 filles, dans ces centres d’apprentissages alternatifs maliens.

Mali : Plan de réponse humanitaire 2023 – Mali | ReliefWeb
Rapport DTM 2023
BLP:  »Better Learning Programme’’

Cluster Education: Situation des écoles Avril 2023

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