Doumbi Fakoly, écrivain prolifique malien attaché à la culture, est notamment auteur d’une cinquantaine de livres, il a remporté plusieurs trophées à travers le monde, mais aucun au Mali. Il s’est prononcé sur lui et sur la littérature en général, dans un entretien accordé à Actuel Média mardi le 28 septembre 2021.
Bonjour Monsieur !
Otheb ! On dit Otheb chez nous, qui veut dire « paix sur vous, paix sur tout le monde. » C’est ça notre salutation maintenant. Le monde Kamite, le monde négro-africain depuis l’Égypte. Otheb !
Comment vous vous présenterez ?
Je suis Doumbi Fakoly, auteur de 51 livres. Je suis écrivain d’origine malienne, sénégalais d’adoption, panafricaniste par conviction et citoyen du monde noir par devoir de combat. Je suis né ici au Mali, mais j’ai grandi au Sénégal et après, je suis allé en France là où j’ai longtemps vécu.
Depuis quand vous écrivez ?
Aujourd’hui, j’ai 77 ans. Mon tout premier livre est apparu en France en 1983. Il est intitulé : « Mort Pour La France ». C’est un récit historique qui retrace l’histoire des Africains qui sont allés combattre pour la France dans la 1 ère et 2e guerre mondiale. Donc, depuis 1983 jusqu’à aujourd’hui, j’écris.
Toutes mes œuvres littéraires sont publiées en France sauf une œuvre collective, qui a été publiée ici au Mali dans l’édition sahélienne. Et c’est en France qu’on les trouve facilement. Mais elles sont disponibles ici, et sont toutes demandées par le public malien.
Qu’est-ce que la littérature pour vous ?
La littérature est un terme occidental. Nous utilisons tous des termes occidentaux. Elle est tout simplement le fait de communiquer par l’écrit avec un certain public par une forme choisie. Parce que les personnes ciblées quand on écrit un roman,ne sont pas les mêmes que quand on écrit un essai ou une littérature de jeunesse. Au sein de la littérature, nous avons: la fiction romanesque, la littérature jeune, ou encore l’essai, etc.
Qu’elle est l’importance de la littérature dans une société ?
Son importance ou son intérêt est de communiquer des informations ou des rêves à un public cible. On écrit toujours pour transmettre un message. Et ce message n’est pas adressé à tout le monde. Les auteurs se servent de l’écriture pour dénoncer ou encourager. Elle contient toujours une sensibilisation.
Quelle est la différence entre la littérature d’hier et celle d’aujourd’hui ?
Cela dépend de l’évolution de la société. La littérature d’hier était plus combattante et ce combat continue toujours, mais de moins en moins engagée. Elle était l’arme des auteurs négro-africains pour promouvoir et valoriser la culture négro-africaine. C’est pourquoi aujourd’hui il y a moins d’écrivains connus qu’avant.
Quel genre littéraire préférez-vous ?
J’écris dans tous les registres. J’ai écrit beaucoup de livres pour la jeunesse, beaucoup de livres sur la tradition, j’ai notamment écrit des livres sur les présidents précédents qui dirigeaient le Mali. Pour moi, tous les genres sont importants.
À travers quelle œuvre, vous vous êtes fait connaître ?
C’est difficile à dire. Tous mes livres sont connus et ils sont d’ailleurs en rupture de stock. Donc je ne pourrais dire qu’un tel livre est plus connu. Mon premier livre a été beaucoup apprécié, parce que je parle de l’histoire des Africains pendant 1 ère et la 2ème guerre mondiale et pratiquement toutes mes autres œuvres. Donc c’est le public qui saurait le dire.
Parmi vos livres, lequel admirez-vous le plus ?
On ne choisit pas parmi ses enfants. Je les aime tous.
Avez-vous eu des trophées ?
J’ai eu plusieurs trophées et attestations. J’ai été parmi les lauréats des écrivains africains à travers le monde. Parmi eux, aucun ne vient du Mali. J’ai reçu l’ordre national du mérite dans la catégorie écrivain par le président Jacques CHIRAC en 2004. Les plus importants, ce ne sont pas ce que les Européens m’ont donné, mais ce que j’ai reçu des Africains.
Peut-on changer le monde à travers la littérature ?
Bien sûr. Bien d’autres et moi, grâce à nos écrits, la jeunesse du monde noir est en train de prendre conscience. L’on est en train de venir vers nos traditions, la tradition négro-africaine.
Que pouvez-vous dire à la jeunesse malienne comme conseil ?
Actuellement l’école malienne est sinistrée et c’est la faute à tous. Même un élève qui a eu son bac, met du temps à construire une bonne phrase. Ils ne comprennent pas ce qui est dit dans les livres. C’est pourquoi nous continuons à faire des vidéos pour qu’ils appréhendent davantage. Je les invite à lire.
Entretien réalisé par Abdoulaye MAÏGA