Créée le 16 septembre 2023 à la suite de la signature de la Charte du Liptako-Gourma par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, l’Alliance des États du Sahel (AES), devenue Confédération le 6 juillet 2024, marque une étape décisive dans la coopération entre ces trois pays. Elle vise une intégration politique, économique et sécuritaire renforcée, fondée sur la solidarité et la souveraineté partagée.
Cependant, le choix stratégique opéré par le Mali s’est accompagné de difficultés économiques, notamment une cherté de la vie de plus en plus ressentie par les populations. Malgré ce contexte éprouvant, les Maliens continuent de faire preuve d’une résilience remarquable.
À Bamako, de nombreux citoyens affichent courage et détermination, malgré les contraintes du quotidien imposées par la hausse des prix.
« Depuis la création de l’AES, c’est nous-mêmes qui avons demandé cette alliance. Nous sommes conscients de la cherté de la vie, mais nous faisons face. Même le fonds de soutien qui nous a été retiré, au début c’était difficile, mais aujourd’hui nous avons accepté », témoigne Sori Traoré, animateur radio, rencontré devant le siège du PMU Mali.
Même son de cloche chez Ibrahim Kouma, citoyen rencontré au centre commercial de Bamako :
« Nous arrivons à tenir face à cette cherté de la vie parce que nous y sommes déjà habitués. Nous avons traversé plusieurs épreuves par le passé et nous continuons de surmonter ce que nous vivons aujourd’hui. »
Pour les commerçantes du grand marché de Bamako, la situation est plus préoccupante. Une vendeuse ayant requis l’anonymat confie :
« Nous sommes là avec nos marchandises, mais il n’y a pas d’acheteurs. Même lorsque nous baissons les prix au maximum, les clients n’achètent pas, faute d’argent. »
Toutefois, l’avènement de l’AES représente aussi une opportunité pour certaines couches de la population.
Youssouf Palamé, vendeur de bijoux et d’ornements, estime que la Confédération a permis de tisser de nouveaux liens entre les peuples.
« Même si les bénéfices ne sont pas encore à la hauteur de nos attentes, l’AES nous procure un sentiment de fierté et d’appartenance », explique-t-il.
Sur le plan économique, la cherté de la vie observée depuis l’avènement de l’AES s’explique par plusieurs facteurs structurels.
Rencontré dans son bureau situé au centre commercial de Bamako, l’économiste Modibo Mao Macalou apporte des éclairages :
« L’AES est une Confédération, mais chaque pays conserve sa politique économique. Les États membres évoluent toujours dans le cadre monétaire de l’UEMOA, qui impose des critères de convergence macroéconomique. L’inflation que nous connaissons est liée à la hausse générale des prix, accentuée par les turbulences du commerce mondial. En 2025, le Mali a connu une inflation plus élevée que d’ordinaire. »
Selon lui, cette situation n’est pas directement liée à l’AES, mais plutôt à la conjoncture économique nationale, notamment au fait que le Mali importe plus qu’il n’exporte, entraînant un déficit commercial propice à l’inflation.
Malgré les plaintes quotidiennes liées à la vie chère, certains citoyens voient dans l’AES un rêve devenu réalité.
« Notre ambition était de voir naître des organisations africaines fortes comme l’AES. Aujourd’hui, ce rêve est concret. Cette intégration africaine peut nous permettre de nous développer comme les grandes puissances », affirme Moulaye Soumaïla Haidara, commerçant en Commune III du district de Bamako. Il espère toutefois un retour rapide à la stabilité sécuritaire, condition essentielle à une amélioration durable du pouvoir d’achat.
Pour Sori Traoré, au-delà des sacrifices consentis par les Maliens, les autorités doivent redoubler d’efforts afin de faire de l’AES une véritable référence sous-régionale.
La cherté de la vie touche toutes les couches sociales. Face à cette réalité, la prise de conscience collective est essentielle.
Pour l’analyste Aly Agaly Wellé, les pays de l’AES ont déjà engagé des réformes importantes, même si les résultats prennent du temps :
« Les États de l’AES ont pris de l’avance et constituent aujourd’hui une déviance positive pour leurs peuples. Sur cette trajectoire, l’AES est en train d’émerveiller l’Afrique et même au-delà. Nous sommes sur la bonne voie. »
Entre sacrifices quotidiens et espoirs nourris par l’intégration régionale, la population malienne continue de tenir bon. Si la vie chère demeure un défi majeur, la résilience des citoyens et la consolidation progressive de l’Alliance des États du Sahel pourraient, à terme, transformer l’épreuve actuelle en levier de souveraineté et de développement partagé.
Abdoulaye Maïga









