- Actualités, Info, Nation, Regions, Reportages, Societe

Changements climatiques : Le secteur fluvial sombre à Mopti

Le transport fluvial, principalement assuré sur le fleuve Niger, est un des moyens de déplacement les plus anciens et stratégiques au Mali, remontant à l’époque coloniale. Il contribue à désenclaver le pays tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Cependant, ce secteur vital, économique et écologique, est aujourd’hui sévèrement fragilisé par les effets des changements climatiques. Comment ce fléau affecte-t-il le transport fluvial ? Et comment, dans une région comme Mopti, les acteurs du secteur s’adaptent-ils pour survivre à cette menace existentielle ?

Le fleuve Niger, une colonne vertébrale menacée

Pays enclavé d’Afrique de l’Ouest, le Mali doit une grande partie de sa vitalité à ses cours d’eau, en particulier le fleuve Niger qui traverse le pays sur 1 700 kilomètres. Sans accès à la mer, le Mali dépend de ses voies terrestres, ferroviaires, aériennes et fluviales pour son commerce et sa survie économique. Parmi elles, le transport fluvial se distingue par son rôle crucial de liaison entre le nord et le sud.

Depuis les empires médiévaux, le fleuve Niger a été un axe clé pour le commerce et les échanges culturels. René Caillié, explorateur français, emprunte le fleuve en 1828 pour atteindre Tombouctou. « Le transport fluvial a toujours existé au Mali depuis les temps des empires. René Caillié, par exemple, a voyagé en bateau pour atteindre Tombouctou », confirme Amadou Illias Diacko, professeur en logistique, spécialiste du transport fluvial. Sous le règne de Sonni Ali Ber, un canal a été même creusé pour relier le fleuve à des villes comme Gao.

Ce rôle historique reste essentiel pour les populations riveraines. Le transport fluvial permet de transporter d’importantes quantités de marchandises et de passagers à faible coût. Cependant, cette ressource vitale est désormais gravement menacée.

Le fleuve Niger face aux dérèglements climatiques

Symbole de vie et d’activité économique, le fleuve Niger montre des signes inquiétants de dégradation. « L’état du fleuve n’est pas rassurant. Il subit de nombreuses agressions dues à l’urbanisation », alerte Moussa Diamoye, directeur général de l’Agence du Bassin du Fleuve Niger (ABFN).

La baisse continue du débit du fleuve illustre l’impact des changements climatiques. Selon le professeur Fatougoma Bamba, hydrologue et enseignant à l’ENI-ABT : « La réduction du volume d’eau à Koulikoro est un exemple frappant. » La diminution de la pluviosité au cours des 70 dernières années a réduit de plus de 30 % le niveau des eaux du Niger, comme le confirment Mali Météo et la Direction nationale de l’Hydraulique.

Bien que le Mali ne contribue que faiblement aux émissions mondiales de gaz à effet de serre (0,06 % selon l’AEED en 2010), il figure parmi les pays les plus vulnérables face aux effets du réchauffement climatique. La gestion de ses ressources en eau, notamment le fleuve Niger, devient un défi de plus en plus pressant.

Mopti, une ville au bord de la rupture

Surnommée la « Venise du Mali », Mopti est une illustration parfaite de la dépendance au fleuve Niger. Ce carrefour commercial vit au rythme des eaux. Au port de Mopti ce vendredi 13 septembre, l’agitation est constante. Des pinasses chargées de mil, de riz, de ciment ou de matelas partent en direction des régions du nord.

Issa Maïga, propriétaire d’une pinasse, ressent au quotidien les effets des changements climatiques : « Bientôt, les conditions hydrologiques nous obligeront à arrêter nos activités. » Aujourd’hui, les campagnes de navigation ne durent que six mois contre huit ou neuf auparavant. Cette réduction a des répercussions économiques graves.

Boucadari Doniko, président des transporteurs fluviaux de Mopti, explique : « Mopti vit grâce au fleuve. Il ravitaille Tombouctou et Gao. Mais le phénomène d’ensablement, combiné à la baisse du niveau des eaux, réduit nos opportunités. »

Même les pinassiers touristiques souffrent de cette situation. Harber Maïga, président de l’association des pinassiers touristiques de Mopti, déplore : « Avant, nous pouvions naviguer toute l’année. Désormais, dès décembre, certains axes comme Djenné deviennent impraticables. »

Les conséquences s’étendent à toute l’économie locale. Aminata Koné, vendeuse de poissons, déclare : « À cause du tarissement du fleuve, nos poissons arrivent avariés à destination. Nous perdons tout. »

Des solutions pour sauver le fleuve

Face à cette crise, l’adaptation est cruciale. Les fabricants de pirogues innovent en élargissant les coques et en augmentant la hauteur des bordages pour naviguer dans des eaux plus basses. Mais ces efforts ne suffisent pas.

Les experts plaident pour des mesures ambitieuses, comme le dragage du lit du fleuve, la fixation des berges et la reforestation. Selon l’environnementaliste Alassane Diarra, « le faible débit du fleuve, l’érosion hydrique et éolienne, et les sécheresses sont autant de signes alarmants liés aux changements climatiques. » Il affirme également que la cause des changements climatiques est essentiellement due aux émissions des gaz à effets de serre provenant des activités humaines, avec une influence mineure des causes naturelles. Ces émissions modifient la composition de l’atmosphère et amplifient l’effet de serre naturel, piégeant davantage de chaleur près de la surface terrestre et provoquant le réchauffement climatique.

Agir avant qu’il ne soit trop tard

Le fleuve Niger, véritable poumon économique et culturel, est en danger. La survie de milliers de personnes dépend de sa préservation. Les impacts des changements climatiques, bien que globaux, se manifestent durement au niveau local, menaçant des modes de vie entiers. Pour éviter l’effondrement du secteur fluvial et de l’économie malienne, il est impératif que des mesures adaptées soient prises rapidement. Dragage, reforestation, actions internationales : le temps presse. Le fleuve Niger n’est pas seulement une ressource naturelle. Il est un symbole d’espoir et de résilience. À nous de choisir : Survivre ou périr.

Ladji Kassim Diabaté (L.K.D)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *