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France: Jacques Chirac, un président rattrapé par les affaires

En 2011, Jacques Chirac écope de deux ans de prison avec sursis pour détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d’intérêt dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Il est le premier président français à être mis en examen et condamné par la justice. Il n’est plus au pouvoir à ce moment, et n’a donc plus l’immunité. Auparavant, Alain Juppé avait payé pour lui.

En cause, une myriade d’emplois fictifs distribués gracieusement à une trentaine de proches au sein de la mairie de la capitale, qu’il a dirigée en tant que maire entre 1977 et 1995, or période Matignon, jusqu’à son accession à l’Élysée. Une affaire qui cache tout de même bien d’autres suspicions à l’encontre de l’ex-chef de l’État, qui aura marqué des décennies durant l’histoire de la droite française.

Coup de pouce du destin

Il faudra donc attendre des décennies pour que Jacques Chirac soit inquiété. Jusqu’à 2007, à chaque fois qu’il est mis en cause, il a la parade. Un journaliste le questionne en conférence de presse ? Il lui demande où sont les preuves et le tance sans ménagement. Président, le style est plus posé mais le résultat est le même. Face à Élise Lucet, en 2000, après des révélations du Monde, il parle de révélations qui font « pschitt », d’histoires « abracadabrantesques ».

Le terme est resté célèbre, la suite aussi. Le président de la République évoque un financement occulte du RPR dans l’affaire des HLM, dénoncé par un certain Jean-Claude Méry dans une cassette post-mortem publiée par le quotidien : « On fait parler un homme qui est mort il y a plus d’un an, on disserte sur des faits invraisemblables, qui ont eu lieu il y a plus de 14 ans », lâche Chirac. Dans ses mémoires, il rentranscrira bien plus tard ce propos en le mettant au conditionnel.

Quelques années plus tôt, avec un coup de pouce du destin, alors que les affaires s’amoncellent déjà autour de lui, Jacques Chirac devient président. Et donc intouchable. Un formidable bouclier juridique qui tombe à point nommé. Le Conseil constitutionnel et la Cour de cassation confirmeront en 2001 l’immunité du chef d’État, qui ne peut pas être convoqué par un juge d’instruction.

La justice devra attendre qu’il redevienne un justiciable ordinaire, en 2007, pour pouvoir le convoquer. Juste avant sa condamnation, en 2011, il se justifie dans une tribune dans la presse, rappelant le contexte des faits qui lui sont reprochés. Écopant de deux ans de prison avec sursis, il ne fait pas appel de cette décision, même s’il continue de « contester catégoriquement ce jugement ».

Un train de vie fastueux

Après sa propre condamnation, Alain Juppé fera valoir qu’il ne s’est pas enrichi personnellement, se contenant de chercher de l’argent pour son parti. Jacques Chirac lui-même évoquera le difficile financement de la vie politique à l’ère de la communication moderne. Mais dès les années 1990, le nom de Jacques Chirac apparait dans des histoires de « frais de bouche ».

À tout le moins, les Chirac mènent grand train au frais du contribuable et leur train de vie pose question. L’Inspection générale de la Ville de Paris souligne que 2,13 millions d’euros ont été affectés entre 1987 à 1995 à l’alimentation et aux réceptions du couple. L’affaire débouchera en 2005 sur un non-lieu.

Dès le début de sa carrière politique, Jacques Chirac a dû s’expliquer sur l’achat du château de Bity à Sarran en Corrèze en 1969. « Quand on fait de la politique, on s’arrange pour ne pas avoir de château, sauf s’il est dans la famille depuis au moins Louis XV », commente en privé feu le président Georges Pompidou en compagnie de celui qui est alors son ministre de l’Agriculture.

En cause, des avantages fiscaux dont aurait profité Jacques Chirac. La propriété de 11 hectares comprend un bâtiment d’une surface habitable de 2 000 m2 et des dépendances. En 2007, elle sera évaluée à 500 000 euros par l’ancien président au moment de remettre sa déclaration de patrimoine au Conseil constitutionnel à la fin de son mandat.

Chirac et les voyages

Les voyages du couple Chirac ont également fait débat. La compagnie Euralair est accusée, au printemps 1995, d’avoir mis à la disposition du candidat Chirac à l’élection présidentielle l’un de ses appareils pour au moins un déplacement en province, sans jamais le lui facturer.

Bernadette Chirac est soupçonnée de son côté d’avoir bénéficié d’au moins cinq vols gracieux en 1998-99 sur instruction du PDG de la compagnie, Alexandre Couvelaire. Du fait de son immunité, Jacques Chirac n’est pas interrogé et ces faits font l’objet d’un non-lieu en 2009.

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