Qu’est ce qui explique votre présence à Bamako ?
Soumana A. Maïga : Je suis de passage pour rencontrer des
organisations de la société civile telle « Ir Ganda » ; des responsables
des groupes armés sur la situation sécuritaire du nord.
Quand est-il de votre récent séjour en France
?
Soumana A. Maïga : Riche en rencontres, en expériences nouvelles,
des échanges, des visites touristiques telles que la vierge noire, la
chapelle rock Amadour et puis la grotte de Lascau.
J’ai participé à des rencontres d’associations où nous avons parlé
du film documentaire ; nous avons évoqué la question de l’insécurité qui
frappe nos populations ainsi que le rôle de nos associations dans le
retour de la paix.
De nos jours, le gouvernement prépare activement un Dialogue Politique National. Que pensez-vous ?
Soumana A. Maïga : Nous avons entendu le Président IBK l’évoquer,
l’idée en soi est très bonne. Mais de quel dialogue s’agit-il ? Il faut
un dialogue qui touche tous les enfants du Mali, tant à l’intérieur,
qu’à l’extérieur. Aussi, adopter des recommandations issues de
différentes concertations tant de la base (locales) jusqu’au sommet de
l’état.
Donc, vous n’avez pas été encore associé ?
Soumana A. Maïga : Non ! Il ne faudrait pas qu’on nous joue encore
le coup des autorités intérimaires qui reste encore dans nos mémoires.
L’équipe du triumvirat inspire confiance et respect. Mais, pour cela, il
faut des résultats crédibles pouvant améliorer la situation du pays,
voire qui apportera un vrai changement.
Les récentes déclarations de va-t-en guerre du général Gamou ont
suscité indignations et révoltent tant au nord, qu’à Bamako. Quand
dites-vous ?
Soumana A. Maïga : Gamou est un officier de l’armée malienne. Les
populations maliennes attendent mieux de lui, une gestion collégiale
avec les institutions de l’armée, qu’avec des groupes armés.
Nous ne doutons pas qu’il soit un patriote. Cela dit, nous ne
comprenons pas non plus, qu’il opère en dehors de sa mission régalienne.
En ce qui concerne le GATIA, peu avant sa création, ses responsables
ont rencontré les différents notables et responsables d’organisations de
la société civile de Gao et a signé un document dénommé le Pacte de
communautés engageant l’ensemble des communautés de la région de Gao
notamment les sédentaires (Songhoîs, Peulhs, Bellas), Arabes, nous
l’exhortons à respecter ce Pacte pour le bien et la stabilité de toutes
nos populations.
Quel bilan faites-vous de l’accord de défense signé avec la France
qui a permis au déploiement de la force Serval, transformée en Barkhane ?
Soumana A. Maïga : L’arrivée des forces armées françaises au Mali a
été fort bien appréciée par nos populations au début. Mais depuis que
l’insécurité s’est propagée tant au nord, qu’au centre du pays, on se
demande réellement, si les forces françaises n’ont pas un autre agenda
que d’aider l’armée malienne à sécuriser le pays et à rétablir
l’intégrité territoriale ?
Les alliances formées avec des groupes armés indépendantistes n’ont
donné d’autres résultats que l’isolation de l’armée malienne de
l’intérieur de la région de Ménaka et de Kidal. En clair, notre armée
est cantonnée dans ces villes. De nos jours, nous voyons plutôt, une
armée française qui sert de tampon entre des régions du Mali favorables à
Bamako et celles qui veulent l’indépendance. Cela crève les yeux
lorsque vous débarquez au nord du pays.
Et quand est-il de la MINUSMA ?
Soumana A. Maïga : Il a dit que le mandat de la MINUSMA est la
protection des personnes et de leurs biens ainsi que la stabilisation
des régions en guerre. Mais, en ce qui concerne la région de Gao, les
civils se font tuer, violer, spolier à chaque heure tant à l’intérieur,
qu’à l’extérieur de la région de Gao alors que cette ville accueille
leur plus grande base. N’en parlons pas des populations de Tombouctou et
de Ménaka, elles vivent un vrai cauchemar. Nous restons effarés à
chaque année du renouvellement du mandat de la MINUSMA. En réalité, nous
demeurons sur notre faim par rapport aux résultats de la sécurité des
personnes et de leurs biens ainsi que la stabilisation.
Quel est votre mot de la fin ?
Soumana A. Maïga : Un pays n’est et reste que ce que ses fils qui
ont eu la chance de conduire sa destinée. Tôt ou tard, l’histoire
retiendra de ce qui a été bien fait et delà où nous avons péché. De
l’indépendance à ce jour, nous avons plus de mots de nos gouvernants que
des actes remarquables qui sont à même d’être cernés par le citoyen
lambda. Comme disent les Songhoïs : « Tê bon chê», c’est-à-dire : « Tout
ce que nous faisons en bien, nous le faisons pour nous même et en mal,
se sera contre nous même ».